« Ombre d'une promesse » d'Iren Mihaylova, sélectionné pour le Prix de Poésie Ganzo Espoir 2026
- peaueleclabo
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

L'autrice des recueils Depuis ma chère disparition (Prix de Poésie de l'Académie de Languedoc 2025, L'échappée belle éditions) et de Là ou repoussent les vieilles roses (Prix de Poésie de l'Invention Poétique, La Lettre Volée éditions, 2027) a été nominée pour le Prix Ganzo Espoir 2026 pour son recueil Ombre d'une promesse (2ème prix de l'Association des Arts Littéraires de Toulouse 2026).
A l'occasion de cette nomination et en attendant la délibération officielle et l'annonce du/ de la lauréat/e, le chroniqueur David Le Golvan nous livre une chronique poignante et juste qui dévoile le cœur du recueil Ombre d'une promesse, situé entre poésie, musique et dessin.
Pleine Ombre

Et puis vient le jour où le muet nous usurpe la parole, arrive en traître l’Instant renié où celui qui nous l’a transmise, cette parole, avec une patience bourrue toute paternelle, attend dans son silence soudain et absolu qu’on la restitue, non pas à son oreille sourde, mais à la mémoire de ceux qui n’ont jamais entendu sa voix, nous les lecteurs, témoins-dépositaires.
Promesse tenue.
Monnaie d’échange entre la mort et la poésie, l’indicible contre le dicible. Voici ce jour où le ciel étoilé, cher à la cosmogonie d’Iren, se perce d’un trou noir qui absorbe le prénom - Krasimir - qui ne sera plus interpellé, vocalisé, sinon en rêve. Seul le nom de famille perdure désormais qui « décomble le dérisoire du manque ». Une étoile disparaissant abolit-elle à elle seule toute une constellation ? Seule reste la « Lumière désuète » pendant à la mémoire, à peine plus éclatante qu’un fanal.

Le recueil s’ouvre sur un devoir filial d’inventaire, la pulsion de tout amasser, syndrome à contretemps de Diogène : brasser des gerbes d’ombres. Inventorier, c’est au bout du compte vider des lieux, c’est finir par ne plus soulever que de la poussière, comme de ces « gros meubles à tiroirs encombrés de bilans » (Baudelaire). Reste alors à trouver les mots de l’enfant devenue adulte pour reconquérir l’espace : « [le] remplir (…) transposer »
Mais auparavant rien ne peut se soustraire à cette urgence, lancinante comme une rage, de nommer l’Instant. Toute la poésie d’Iren Mihaylova chuchote à l’oreille depuis bien longtemps cette inquiétude, cette angoisse, bien avant l’Événement, réservé aux autres. Là, ses vers s’étiolent, comme des pétales sanguins des coquelicots qui ponctuent l’ouvrage, se déversent au compte-gouttes comme des larmes difficilement contenues perlant (« Bruine de mots ») sur les pages. L’écriture cherche alors à être un révélateur chimique (« Devinade de son sens qui échappe aux images ») et ontologique. Puisque de l’urgence d’évider la tumeur surgira « l’ascétisme », il faut apprivoiser à nouveau le langage comme un enfant se force à apprivoiser la nuit pour grandir, épouser la douleur ( « Faire corps avec le désastre »). Retrouver la dignité d’un langage qui ne court plus à la perte ( « Cette Nuit coutumière de paix sera celle pétrie d’abandons » qui fera « fondre le désespoir » mais la surmonte en la nommant.
L’ombre d’une promesse dépasse l’impasse orphique tant ressassée, la simple expérience de la consolation. Elle semble corréler, entremêler deux ombres, celle d’Iren et d’un père : l’ombre qu’un défunt projette sur nous jusqu’à nous faire douter de nous-même, de notre Moi, et l’ombre que les vivants projettent sur les morts.

Iren Mihaylova est une poétesse, romancière, peintre, pianiste-interprète, musicienne, psychanalyste et psychologue clinicienne qui demeure et travaille à Paris.
Elle écrit en français et en bulgare et traduit des poètes bulgares en français. Elle est cocréatrice, éditrice et illustratrice de la revue et espace de création contemporaine Peau Électrique. Elle est l’autrice de 16 livres (dont roman, poésie, journal d’écriture, essais).
Elle est lauréate du Prix de Poésie Maurice Marge de l’Académie de Languedoc 2025 pour le recueil Depuis ma chère disparition ; du Prix International de l’Invention Poétique 2026 pour son recueil Là où repoussent les vieilles roses (La lettre volée éditions). et du Prix de Poésie des Arts littéraires pour son recueil Ombre d’une promesse, illustré de ses dessins de fleurs rouges, présentés lors d’une exposition de 52 œuvres au Centre Cévennes (Mairie du 15e).
Son travail explore l’intériorité et la traversée du deuil à travers l’écriture, la peinture et la création sonore. Depuis 2025, elle développe également un projet musical autour de compositions symphoniques et du piano, dont La Nuit bulgare, inspiré des textes de Georgi Slavov.
Artiste de la scène, elle a interprété le rôle de l’Ombre de Balzac dans les spectacles Mémoire au seuil de l’éphémère et Où je vais, la gloire m’attend de Damien Paisant.
En 2026, elle a également participé comme choriste locale à la comédie musicale The Last Ship de Sting.

Bibliographie (non-exhaustive) :
- Tirer les ombres, recueil de poésie, Sans crispation éditions, 2023 ;
- En tirant les ombres, recueil de poésie, Bibliothèque Bulgarie, 2024 ;
- Sans fond de lumière, recueil de poésie, Encres vives éditions, 2024 ;
- Lumineux désastres, poésie d’Iren Mihaylova et de Damien Paisant (Peau Électrique, 2024) ;
- Ciel de ma mémoire, recueil de poésie, L’Appeau’Strophe éditions, 2024 ;
- Paraboles sur le cœur, livre d’art et de poésie, Les bonnes feuilles, 2024 ;
- Depuis ma chère disparition, recueil de poésie, L’Echappée belle édition, 2025, Prix Maurice Magre de l’Académie de Languedoc ;
- Navigation intérieure, livre d’art et de pensées poétiques, Iren Mihaylova et Nathalie Straseele, 2025 ;
- Anima (Lettres à mon Autre), roman, Sans crispation éditions, 2025 ;
- Travail sur le deuil, journal d’écriture illustré, Peau Électrique, 2025 ;
- Ombre d’une Promesse, recueil de poésie, Prix de Poésie des Arts littéraires, 2026, de Cosmogonie de la perte, 2025 ;
- L’Autre main, suivi par Dialectique d’un vide, essai philosophique et poétique, recueil de Cosmogonie de la perte, 2026 ;
- Fleurs d’âmes, recueil de nouvelles illustré Peau Electrique, 2027 ;
- Cosmogonie de la Perte, recueil de poésie/ anthologie de recueils inédits, Sans crispation éditions, 2027 ;
- Là ou repoussent les vieilles roses (Prix de Poésie de l'Invention Poétique), La Lettre Volée éditions, 2027.
En revue : ARPA, Le Journal des poètes, À l’index, L’Intranquille, la forge, Traversées, Phoenix, Les Carnets d’Eucharis, Rien de précis, Revue Henry, Les Haleurs, Florilège, Poésie première, Poetiquetac, Traction-brabant, Verso, L’Accent de poche, Nouveaux délits, Fragile, Pro/prose magazine, Oupoli, Souffle inédit, Les cosaques des frontières, Les arbres sont des êtres qui rêvent, Recours au poème, Souffre inédit, etc.
Lien vers sa discographie : https://soundcloud.com/iren-mihaylova-691348865
Lien vers son site d’artiste : https://irenmihaylovapoete.wixsite.com/irenmihaylova



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